Il y a des mots que l'on a parfois du mal à sortir. Non pas que l'on ne les pense pas, bien au contraire, on les pense et ressent si fort justement, que l'on a l'impression si on les dit, qu'en sortant, ils vont emmener avec eux un flot de sentiments et d'émotions qui n'appartiennent qu'à nous et que l'on a peur de partager. Comme si les dire était se mettre à nu ou en danger.

Ces mots, en ne sortant pas, deviennent des maux. Nous rongeant peu à peu, ils prennent le contrôle de nos corps, nos pensées… Et là bien souvent, on commet l'erreur fatale de les faire enfin sortir… Parce que la douleur est trop forte, le sentiment trop intense… Parce que la colère nous submerge ou que l'Amour nous étouffe, quelques soient ces mots que l'on n'a pas pu dire, quelques soient les maux que l'on a retenu, ils déferlent alors.  Rarement au bon moment, souvent sous le coup d'une émotion trop forte, leur intensité est telle que lorsqu'ils jaillissent enfin, ils se transforment soudain en une véritable bombe. Tsunami de nos propres sentiments, ils ne sont plus alors le reflet de nos pensées mais une réalité étouffante que l'on ne contrôle plus et qui enfin s'autorise des libertés…

Pourquoi est-ce si difficile de parler ? Pourquoi sommes nous incapable de dire les choses simplement, comme et quand elles nous viennent? On se pose des questions sur les conséquences qu'auraient telles ou telles phrases, allant jusqu'à douter de nos capacités à faire entendre à l'autre l'intensité de cette force tant retenue. Évidemment, il n'est pas toujours utile de tout bouleverser pour des broutilles, mais quand les mots retenus commencent à nous enfermer dans une cage, quand par la faute de non-dit on passe à côté de nos vies sans réellement les vivre, là il est temps de réagir !

Pourquoi ne dit-on pas "je vous aime !" quand on en a besoin ou simplement envie ?

Enfermé dans les carcans d'une société brimée par des années de restriction sentimentale, on n'ose plus…  Par crainte de parler, on garde au fond de nous toutes ces émotions alors qu'au final, elles nous rongent. La société actuelle nous a confiné dans des stéréotypes  émotionnels, bien ancré dans nos certitudes, conditionné pour garder le silence  nous n'osons plus…

Parler simplement, dire les choses, les exprimer, expliquer s'il le faut, mais ne pas garder en nous tous ces doutes qui nous empêchent d'avancer. Toutes ces choses qui font que la nuit, le marchand de sable se met soudainement à oublier notre adresse, déversant notre dose de sable à ceux pour qui tout va bien. On s'enfonce alors sous notre bonne vieille couette pour avoir un peu moins froid, sans s'en rendre compte, on se met un peu plus de travers dans le lit pour faire un peu plus illusion et ne pas prendre conscience que la place vide reste et s'ancre à nos côtés, et l'on serre notre oreiller un peu plus fort pour retenir ou étouffer les premiers sanglots de la restriction… On s'endort ainsi dans nos solitudes amers, se promettant que demain …...........     Mais demain, nous ne parlerons pas plus…

Pourtant en y réfléchissant bien, qu'avons-nous à perdre dans ce genre de situation ? Quand muré dans nos silences et nos angoisses nous n'avançons plus vers rien… Prenons exemple d'un sentiment amoureux. Qu'avons-nous réellement à perdre en parlant ? Pourquoi ne pouvons nous pas tout simplement avouer à celui ou celle qui nous attire que l'on meurt d'envie d'entendre sa voix le matin au réveil ?  Bon, d'accord, il y a là, bien plus que des sous-entendus, et mon exemple est osé, je le conçois… Mais pourquoi se taire justement puisque c'est notre but au final… Alors  pour ne pas aller jusque là et franchir les barrières imposées de l'indécence de la nuit suggérée là, pourquoi est-il tout simplement si difficile de faire comprendre à l'autre que notre plus cher désir est de passer quelques heures à ses côtés ? Un verre ? Une balade sur la plage ?... Même ça, ça devient irréalisable… Juste peur d'être trop entreprenant parce qu'on demande à quelqu'un de mêler un peu de sa solitude à la notre pour que le temps s'égrène un peu plus agréablement...

Certains ont tant bafoué les règles des premiers pas amoureux, en s'octroyant trop de libertés, que l'on en a fait des généralités ! La liberté des mœurs n'a pas que du bon ! Cachés derrière leur écran télé ou leur clavier d'ordinateur, les prédateurs ont pris de l'assurance, ils ont ainsi sali par leur vulgarité les plus beaux moments qui existent dans une relation de couple…  Les extrêmes ont pris place dans notre société, oubliant peu à peu combien la simplicité et la douceur peuvent être agréables… Est-ce parce que je vais proposer une promenade en bord de mer que je vais sauter sur celui qui m'accompagne ?  Je ne dis pas que je n'en aurais pas envie… (Mais ça, c'est une autre histoire…) Je dis seulement que partager un moment, un sourire, un paysage, ramène un peu d'espérance dans un monde où la violence et la guerre ont déjà pris trop de place.

On se dit qu'en laissant le temps au temps, l'être désiré comprendra nos regards, qu'il ou elle fera alors un pas, un geste… Mais pourquoi le ferait-il ? Il est comme nous !... Pourquoi lui (ou elle !) aurait plus le cran de faire ce que nous n'osons pas ? Attendre l'intervention de l'autre, son premier pas,  peut être un jeu bien décevant  au final… On joue avec le feu et l'on se retrouve face à un tas de cendres… Et ce simplement, parce qu'on n'a pas osé s'exprimer, se dévoiler ...

On passe à côté du bonheur et l'on devient peu à peu tous un peu plus aigri… Amer de ces échecs que l'on ne doit qu'à nous parce qu'un  (ou une) autre sera passé devant, aura su trouver les bons mots, au bon moment mais surtout parce qu'il (ou elle) aura  osé et su les dire…

J'ai toujours pensé que dès notre naissance, nous suivons un chemin où les grandes lignes sont déjà tracées, où il ne nous reste plus qu'à agir pour trouver  le bonheur. Alors certes, on s'égare parfois, comme dans un jeu de cache-cache, mais l'on apprend aussi de nos erreurs. Certains d'entre nous, (dont je ne veux pas faire partie), ne trouveront jamais ce chemin.  Soit parce qu'ils se seront égarés dans ce labyrinthe, ou que las de chercher, ils abandonnent… D'autres par peur de prendre des risques, se résoudront à s'arrêter sans aller plus loin pour atteindre plus beau, plus grand… Ils se confineront alors dans une vie moyenne, avec ce que j'appelle un "rêve petit"… Facile à avoir, à garder, le rêve petit n'aspire pas à grand chose il ne  prend aucun risque et ne lève surtout pas le nez pour voir plus grand ou s'apercevoir qu'il est passé à côté de ses rêves, de sa vie...

Moi je persiste ! Je ne veux et ne peux pas croire que l'on soit uniquement sur terre pour jouer à cache-cache… Je veux trouver mon bonheur, partager, offrir, rêver, Aimer… Je veux vivre et me sentir vivante, je veux rire, pleurer, trembler, ressentir… Je veux tout simplement LE trouver…

Ce n'est pas facile de garder un bonheur quand on a la chance d'en croiser un… Ça demande parfois même du courage, il faut se battre contre les tempêtes que la vie, dans son grand jeu,  nous impose. Le bonheur se cultive, s'entretient, se nourrit… Comme une petite plante fragile exotique que l'on reçoit en cadeau…

Il faut s'inquiéter de sa santé, lui donner de l'attention, s'avoir lui octroyer un peu de temps, et, ne jamais l'enfermer pour qu'elle reste libre de s'épanouir…  Si parfois quelques feuilles tombent, il ne faut pas paniquer pour autant, avec un peu d'engrais et beaucoup d'Amour, les nouvelles pousses n'en seront que plus belles, plus résistantes !...